La conférence mondiale Poste et Logistique de mai 2026 a souligné la crise profonde que traverse le secteur postal mondial, avec une baisse de 5 % par an des volumes de lettres, remplacés en partie par la croissance des colis due au commerce électronique. Face à cette réalité, la nécessité de préserver le service universel, garantissant un accès de qualité à tous, notamment dans les zones rurales, est plus cruciale que jamais. Comme l’a rappelé Dimitris Theodorakis,Directeur Poste et Logistics de UNI Europa, 2026 est une année critique pour l’Union européenne, où la suppression de l’obligation de service universel (OSU) dans certains pays, comme le Danemark, a entraîné la disparition immédiate de milliers d’emplois et une dégradation des services.

Les intervenants ont insisté sur le rôle central de la régulation et du financement public pour maintenir ces missions. Stephen Dematteo au nom de l’APWU et de son syndicat américain partenaire, le NALC, a souligné que le secteur postal doit continuer à être un vecteur de démocratie, notamment à travers le vote par courrier, qui reste une pierre angulaire. En Inde, Sivaji Vasireddy a présenté comment la Poste, avec ses 165 000 bureaux de poste, joue un rôle stratégique dans l’inclusion sociale et financière, notamment dans les zones rurales, en proposant des services bancaires et logistiques, tout en modernisant ses outils pour faire face à la concurrence.

Joseph Yao Hotor, secrétaire général du CWU Ghana, a expliqué comment GhanaPost a tiré parti de sa couverture géographique et de la confiance que lui accorde le public pour proposer des services financiers, notamment par le biais de partenariats avec des sociétés de transfert d’argent au service des communautés, en particulier dans les zones reculées et difficiles d’accès.

Alex Sirieys, responsable du secteur international pour FO Com a souligné que la responsabilité des États est primordiale pour assurer un financement adéquat des missions de service public. La responsabilité des missions de service public doit être reconnue, et celle des États doit être exercée pour garantir la souveraineté nationale face à une concurrence déloyale, notamment des plateformes chinoises ou américaines comme Amazon, qui détiennent aujourd’hui jusqu’à 15 % de parts de marché en France. L’objectif recherché est de renforcer le service universel, d’éviter une dérégulation excessive, et de garantir des conditions équitables pour tous (préserver la cohésion territoriale et éviter la déconnexion sociale).

Un enjeu majeur pour l’avenir est aussi celui du dernier kilomètre, qui représente souvent le plus grand défi logistique. La croissance exponentielle du marché des colis, avec une augmentation de 300 % entre 2011 et 2021, met à rude épreuve la capacité des opérateurs à assurer une livraison rapide et efficace, tout en maîtrisant les coûts. La livraison du dernier kilomètre, souvent effectuée par des sous-traitants ou des services indépendants, doit devenir une priorité pour garantir la qualité du service, la sécurité des emplois, et la satisfaction des clients. La lutte contre la fragmentation, la montée en puissance des nouveaux entrants, et la nécessité de réguler le secteur sont autant de défis à relever pour assurer une livraison accessible, durable, et socialement responsable.

Pour défendre ces missions essentielles, la diversification apparaît comme une stratégie clé. La Poste en Europe, avec ses 1,8 million d’emplois, doit continuer à évoluer en proposant des services sociaux, de proximité, de santé, ou encore liés à l’environnement. Margaux Meidinger de Posteurop (opérateurs postaux) a illustré comment de nouveaux profils, comme les agents de proximité ou les formateurs en bien-être, peuvent renforcer la cohésion sociale et créer des emplois de qualité.

Face à ces défis, les syndicats soutiennent l’option 3 proposée par la Commission européenne, seule option qui permettrait d’intégrer pleinement les colis dans le cadre du service universel et d’imposer des normes sociales et environnementales contraignantes à tous les opérateurs de livraison. Les syndicats appellent également à une régulation européenne forte, à un financement durable, et à une modernisation respectueuse des missions sociales. La diversification, à travers des services innovants, est la clé pour défendre l’avenir des 1,8 million d’emplois en Europe. La préservation du service universel n’est pas seulement une exigence économique, c’est une nécessité sociale pour garantir la cohésion, l’inclusion, et la stabilité dans un secteur en pleine mutation.

Le 16 avril 2026 à Bruxelles, les organisations syndicales européennes et française CFDT-CGT-FO, les associations de consommateurs, des parlementaires européens, ont lancé une campagne pour défendre notre avenir et appeler la Commission européenne à une réforme ambitieuse pour garantir une distribution abordable des lettres et des colis et faire contribuer équitablement les opérateurs privés à l’infrastructure postale publique.

Les organisations syndicales CFDT, CGT et FO appellent à se mobiliser et à signer massivement la pétition https://actionnetwork.org/petitions/sauvons-notre-poste