L’actualité anxiogène de notre planète nous fait nous interroger en Europe et plus précisément en France sur la question de notre souveraineté nationale. Depuis la crise de la covid-19, cette question se pose de plus en plus. En quoi sommes-nous libres de nos relations commerciales ? Et demain dans notre secteur postal ?

Le président américain Donald Trump a entamé son second mandat en janvier 2025 en menaçant d’abord d’imposer des droits de douane à tous les partenaires commerciaux des États-Unis, avant de mettre ses menaces à exécution et de se faire rattraper dernièrement par sa Cour Suprême. L’escalade des frictions commerciales au cours de l’année 2025 a créé une pression en faveur d’un accord visant à éviter une guerre commerciale en règle avec le plus grand partenaire commercial de l’Europe.

Le 21 août, la Commission européenne a publié une « Déclaration commune sur un cadre États-Unis-Union européenne au sujet d’un accord de commerce réciproque, juste et équilibré ». La déclaration (une série d’engagements politiques) porte sur l’abaissement de la taxe à l’importation de 30 %, initialement brandie par le gouvernement américain, à un taux généralisé de 15 % avec quelques exceptions (produits pharmaceutiques, semi-conducteurs et bois de construction, entre autres), ainsi que sur la « coopération » en matière de barrières non tarifaires, tandis que l’Union européenne élimine tous les droits de douane sur les produits industriels américains (un accès préférentiel est en outre accordé à certains produits alimentaires).

Un élément clé de la préoccupation d’UNI Europa (où FO Com siège) concernant les services est la coopération sur les barrières non tarifaires, notamment en ce qu’elle pourrait affecter l’indépendance réglementaire de l’Union. Les liens commerciaux (entre autres) de nos grandes entreprises de services numériques avec le gouvernement américain constitue un risque pour la mise en œuvre d’importants jalons de la réglementation des services numériques, telles que par exemple la loi sur l’IA.

Non seulement l’impact économique du taux convenu est annonciateur de pertes d’emplois et d’un ralentissement de l’embauche, mais les engagements d’investissement des entreprises européennes aux États-Unis se feront au détriment d’investissements dont nos propres économies ont grand besoin. Dans le cadre de cet accord, l’Union Européenne a accepté d’investir 600 milliards de dollars aux États-Unis, auxquels s’ajoutent 750 milliards pour l’énergie et l’équipement militaire.

La Confédération Européenne des Syndicats a pris position lors d’un comité exécutif en mettant en avant des risques importants pour les travailleurs en Europe, notre modèle social, nos normes environnementales et nos priorités d’investissement à long terme.

Avec la CES, nous réaffirmons que l’Union européenne doit défendre le principe de précaution et les normes européennes. UNI Europa a également proposé une « taxe Amazon » comme contre-mesure envers les entreprises américaines qui bénéficient d’avantages économiques injustes au sein de l’Union, dont des taux d’imposition démesurément bas et des marchés publics lucratifs financés par les contribuables européens, sur fond de pratiques antisyndicales.

Quid également de La Poste quand elle distribue les colis pour Amazon ou Shein ? Jusqu’à quand La Poste bénéficiera de ce trafic ? Comment réguler demain tous ces pseudo-opérateurs qui profitent du marché au détriment des opérateurs historiques qui contribuent aux missions non compensées de services publics ?

Quelle réaction européenne quand les Etats Unis via leurs ambassades dans plusieurs États membres de l’UE ont exigé une « certification concernant le respect de la loi fédérale anti-discrimination applicable » aux entreprises en Belgique, en Bulgarie, au Danemark, en France, en Italie, au Luxembourg, en Suède et en Espagne, entre autres, pour leur demander de mettre fin aux pratiques « DEI » (diversité, équité et inclusion) ?

Les réactions politiques en Europe sont allées de la confusion au refus catégorique (notamment de la part de gouvernements locaux ou nationaux en Suède, au Danemark, en France et en Belgique). Bien que l’impact à court terme paraisse minime, UNI Europa invite ses affiliés à rester vigilants afin de défendre les pratiques inclusives dans les entreprises européennes qui fournissent des services aux ambassades américaines.

Le secrétaire général adjoint de la CES, Claes-Mikael Ståhl, a ajouté : « À l’avenir, l’Europe doit diversifier ses relations commerciales avec des accords fondés sur la démocratie, les droits de l’homme et le droit international. Cela signifie s’assurer qu’elles contiennent des dispositions solides en matière de travail et d’environnement, soutenues par de véritables mécanismes d’application. Ce ne sont pas seulement des valeurs européennes, mais ce sont aussi ce qui soutient la compétitivité européenne et notre modèle social. »

C’est également bien en ce sens que FO Com défend l’idée d’une souveraineté européenne et donc nationale qui serait :

  • La garantie d’un service public postal de plein exercice assurant l’égalité territoriale et la cohésion sociale.
  • Le soutien public des opérateurs stratégiques.
  • Un moratoire sur les fermetures de sites, bureaux et plateformes logistiques.
  • L’arrêt de la sous-traitance excessive et réinternalisation des activités cœur de métier.
  • La défense des conventions collectives et des accords.
  • Un plan national d’investissement industriel et technologique pour assurer la souveraineté numérique.
  • La maîtrise publique des données stratégiques et la sécurisation des infrastructures critiques.
  • La compensation à l’euro près des missions de service public.