Un pilier invisible de l’économie européenne devenu un enjeu syndical majeur à l’échelle européenne.

À en croire la presse et tous les acteurs concernés, le commerce mondial se porte bien. Du transport aérien au maritime jusqu’au « dernier kilomètre », des millions de travailleurs sont à la tâche dont nos chauffeurs et coursiers pour livrer les marchandises aux clients. En camions, camionnettes, vélos cargo, staby, Kangoo, carreta, quad ou vélo, les postiers avec l’une des plus importantes flottes de véhicules électriques au monde sont ces acteurs du dernier kilomètre.
Largement impacté par la libéralisation du secteur, par l’essor du commerce électronique comme la chute du courrier, heurté par la pandémie, mis à mal par le manque de main d’œuvre et face à une concurrence parfois déloyale, le secteur postal doit faire face à une nouvelle directive européenne.

La logistique du « dernier kilomètre » est devenue l’un des piliers invisibles de l’économie européenne. Derrière la promesse de livraisons rapides et à bas coût se cache pourtant une réalité sociale préoccupante : fragmentation du travail, précarisation des statuts, sous-traitance en cascade et mise en concurrence généralisée des travailleurs. L’analyse de la cartographie européenne du secteur met en lumière des tendances lourdes qui appellent des réponses syndicales fortes et coordonnées.
Le secteur de la logistique du « dernier kilomètre » occupe aujourd’hui une place centrale dans l’économie européenne. Porté par l’essor du commerce en ligne et la pression croissante sur les délais de livraison, il emploie des centaines de milliers de travailleurs dans toute l’Europe. Cette croissance rapide s’est toutefois accompagnée d’une dégradation préoccupante des conditions de travail, qui constitue désormais un enjeu syndical de premier plan.

FO Com a listé plusieurs écueils :
La précarisation des emplois est devenue un modèle économique.
Le recours massif au travail atypique – travailleurs indépendants, contrats temporaires ou sous-traitance – fragilise les droits collectifs et affaiblit la négociation sociale. Cette situation met en concurrence les travailleurs entre eux et tire les standards sociaux vers le bas, au détriment de la qualité de l’emploi et de la sécurité au travail.
La sous-traitance en cascade mine la responsabilité sociale des entreprises.
Dans de nombreux pays, les donneurs d’ordre organisent la fragmentation du travail afin de contourner leurs obligations sociales, hormis Geopost qui s’est engagé dans un accord mondial visant à réduire la sous-traitance. C’est cette question qu’a soulignée la Direction Générale du Marché Intérieur, de l’Industrie, de l’Entreprenariat et des PME (direction de la Commission Européenne) lors d’une rencontre du dialogue social postal européen. Cette dilution des responsabilités rend le contrôle des conditions de travail difficile et complique l’action syndicale. La limitation de ces pratiques est une condition indispensable pour garantir des relations de travail équitables dans l’ensemble du secteur.

La couverture conventionnelle doit être renforcée et étendue. Trop de travailleurs du dernier kilomètre restent aujourd’hui exclus des conventions collectives. L’extension de cadres conventionnels protecteurs à l’ensemble des salariés et travailleurs assimilés est essentielle pour lutter contre le dumping social et rétablir une « concurrence loyale » entre entreprises.

Les bas salaires et l’absence de perspectives alimentent la crise du secteur.
Le manque d’attractivité
des métiers de la logistique se traduit par un turn-over élevé et des difficultés de recrutement. Des négociations salariales ambitieuses (c’est ce qu’a défendu FO Com lors des NAO en France), au niveau des entreprises comme à l’échelle sectorielle, sont nécessaires pour améliorer durablement les conditions de travail et stabiliser les effectifs.

L’évolution professionnelle doit devenir une priorité. La Fédération FO Com souligne la nécessité de développer de véritables parcours professionnels, incluant la formation, la reconnaissance des compétences et la mobilité interne (comme par, exemple, à la Poste maison-mère avec l’accord GEPPMM signé par FO le 31 mars 2025). Ces leviers sont essentiels pour sécuriser les trajectoires professionnelles et valoriser les métiers du secteur.

Les nouvelles technologies doivent être encadrées par le dialogue social.

La numérisation, l’automatisation et l’utilisation d’outils de contrôle algorithmique transforment en profondeur l’organisation du travail. Leur déploiement ne peut se faire sans négociation préalable avec les organisations syndicales, afin de prévenir les dérives en matière de surveillance et d’intensification du travail.

L’égalité et la lutte contre les discriminations restent des priorités syndicales. La sous-représentation des femmes et la surexposition des travailleurs migrants aux formes d’emplois précaires constituent des défis majeurs. FO Com réaffirme la nécessité de politiques volontaristes en faveur de l’égalité professionnelle et du respect des droits fondamentaux.

Responsabilité sociale des entreprises : un enjeu central que FO Com a évoqué en déclaration préalable au CSE Central maison-mère. Les obligations de diligence raisonnable doivent pleinement intégrer les impacts sociaux des stratégies d’emploi et d’organisation du travail. Les entreprises comme les investisseurs doivent être tenus responsables des atteintes aux droits des travailleurs tout au long de la chaîne logistique.

Renforcer l’action syndicale européenne
Face à des groupes logistiques structurés à l’échelle transnationale, FO Com appelle à un renforcement de la coordination syndicale entre pays, entreprises et métiers. Développer des stratégies communes pour les chauffeurs, agents de tri, travailleurs d’entrepôt et livreurs est indispensable pour rééquilibrer le rapport de force et défendre efficacement les droits des travailleurs dans toute l’Europe.

La logistique du dernier kilomètre ne peut continuer à se développer au détriment des travailleurs. Reprendre la main sur l’organisation du travail dans ce secteur n’est pas seulement une nécessité sociale : c’est par une action syndicale forte, organisée et solidaire que des avancées sociales durables pourront être obtenues.