Des réponses claires, des votes sans ambiguïté, une organisation solide

Le congrès de la Confédération Force Ouvrière s’est tenu à Dijon du 20 au 24 avril dernier. Cette instance, la plus importante de notre organisation, a réuni près de 4 000 congressistes. À l’issue des interventions des 243 délégués sur le rapport d’activité, le Secrétaire Général, Frédéric Souillot, a apporté des réponses claires et sans ambiguïté.

Pain, paix, liberté !

Le Secrétaire Général a notamment rappelé que Force Ouvrière, attachée depuis sa création à la paix dans le monde, est opposée à la guerre, à toutes les guerres dont les conséquences sont toujours dramatiques pour les peuples :
« Internationalistes nous sommes, internationalistes nous resterons » a martelé Frédéric Souillot rappelant que « l’unité des travailleurs fera la paix dans le monde » et que la devise de FO « Pain, Paix, Liberté » est plus que jamais d’actualité.

Indépendants nous sommes, indépendants nous resterons !

Alors que la charte d’Amiens, texte fondateur du syndicalisme indépendant, a 120 ans cette année, Frédéric Souillot a insisté sur notre attachement indéfectible à cette charte. Il a rappelé que FO est libre et indépendante vis-à-vis du patronat, des gouvernements, des partis politiques et des religions.

Antifascistes nous sommes, antifascistes nous resterons !

Pour le Secrétaire Général, il est temps de siffler la fin de la récréation au sujet d’une soi-disant connivence avec les partis politiques fondés sur le rejet de l’autre et aux idées contraires aux valeurs républicaines. Frédéric Souillot a réaffirmé que nous étions antifascistes, attachés à la démocratie et à la République une et indivisible martelant « nous sommes tous ici anti-racistes, anti-xénophobes, contre l’antisémitisme, anti-islamophobes et contre toute idéologie de rejet de l’autre ». Il a clôturé le sujet en citant Jean Jaurès « il n’y a qu’une seule race, l’humanité ».

Dialogue social et négociation collective : être présents !

Frédéric Souillot a rappelé qu’il fallait redonner la place qui est la sienne à la négociation collective. « La politique de la chaise vide ne fait pas partie des pratiques de FO. Notre présence nous permet de porter nos revendications mais aussi la contradiction. »

Réforme des retraites : abrogation !

Quant au sujet de la retraite, le message est, là aussi, on ne peut plus clair : FO poursuit son combat pour l’abrogation de la réforme en cours avec comme revendication le maintien de la retraite par répartition et le refus de la retraite par point.

FO, le syndicat de la fiche de paye !

Le Secrétaire Général a insisté sur le fait qu’il est urgent de réexpliquer aux travailleurs le salaire différé et la protection sociale collective. « Le gouvernement veut privatiser la protection sociale collective, nous devons reprendre la gouvernance de la retraite par répartition. » a-t-il confirmé. Quant aux primes dont celle du partage de la valeur, l’intéressement etc., pour FO, ils ne doivent pas se substituer aux salaires.

Grève générale

Si le temps de la grève générale est venu pour stopper la casse des acquis sociaux, sauver les services publics et pour l’augmentation des salaires, il faut que les travailleurs s’organisent en assemblées générales pour en prendre la décision. « La grève ne se décide pas elle se construit » a rappelé Frédéric Souillot en citant les articles 32 et 33 des statuts confédéraux.

Force Ouvrière sur tous les fronts !

Après la fin de la limitation des trois mandats CSE qui fut une belle victoire FO, il nous faut continuer à revendiquer le rétablissement des CHSCT et porter de nouvelles revendications dans des secteurs comme par exemple l’intelligence artificielle. Enfin, le Secrétaire Général a appelé à faire du développement une priorité, notamment en ce qui concerne l’adhésion des jeunes. Après ces réponses qui, au regard de l’ovation qui a suivi, ont répondu à l’attente des congressistes, Frédéric Souillot, déterminé, a été brillamment réélu à l’issue du congrès (98,06 %). Patrick Privat a été reconduit trésorier confédéral, avec 99,03% des suffrages. Les rapports d’activité et de trésorerie des quatre années écoulées ont, quant à eux, été adoptés à une très large majorité : 89,14 % des suffrages exprimés pour le rapport d’activité, 96,45 % pour le rapport de trésorerie.
Si ces résultats obligent le Secrétaire Général et son Bureau Confédéral, ils engagent également tous les militants à porter haut et fort les valeurs de Force Ouvrière pour défendre tous les travailleurs, pour plus de justice sociale !

Christine Besseyre

Je vous apporte le salut fraternel des militants des syndicats de la Fédération FO Com. Comme la quasi-totalité de mes camarades FO Com porteurs de mandats, je voterai pour les rapports d’activité et de trésorerie.
Permettez-moi, tout d’abord, de relever un paradoxe : alors qu’aujourd’hui, en France, 73 % des jeunes sont satisfaits du dialogue social dans leur entreprise, ils ne sont que 2,7 % à être syndiqués. Évidemment, la précarité de l’emploi, la crainte d’une incidence négative sur le déroulement de carrière expliquent, pour partie, ce constat.
Mais, au-delà, ce qui doit nous interroger, c’est une méconnaissance croissante du rôle des organisations professionnelles. Pour la plupart des salariés, le syndicat est uniquement associé aux instances représentatives du personnel. Il est, avant tout, pour ne pas dire exclusivement, un élément du dialogue social et ses militants n’ont d’autre légitimité que celle accordée par l’élection.
Pour beaucoup, la notion d’institution syndicale s’est substituée à celle de combat syndical. Nous aurions tort de sous-estimer ce phénomène. Beaucoup de nos adhérents, de nos militants, se sont laissés prendre à ce piège. Plutôt que d’évoquer, en priorité, luttes et revendications, on parle plus souvent de mandats et de moyens y afférents, comme si la défense des droits ne relevait plus que des seuls CSE. On assiste à une « professionnalisation » des représentants syndicaux qui, s’ils peuvent devenir d’excellents techniciens ou experts, en oublient parfois de rencontrer les salariés, de relever quels sont les véritables problèmes de terrain.
Cette spirale néfaste pourrait, à terme, entraîner la dissolution du syndicat dans les IRP.
De plus, donner aux non syndiqués mandatés les mêmes prérogatives, notamment en matière de négociation, nous discrédite.
Les patrons, rien d’étonnant d’ailleurs, s’engouffrent dans la brèche en devenant grands organisateurs de réunions à rallonge, aux ordres du jour interminables et dont beaucoup de sujets ne verront pas l’ombre d’une négociation. Le but est, bien sûr, d’entraver l’action syndicale qui, elle, exige une présence au plus près des salariés, c’est-à-dire une pratique antinomique de celle générée par le CSE.
C’est d’autant plus grave que l’époque nous oblige à élaborer, à construire de nouvelles revendications et de nouveaux droits pour les travailleurs, salariés et fonctionnaires, cadres et non-cadres, retraités. Face à la précarité de l’emploi, à la dégradation des conditions de travail, à la généralisation de la sous-traitance et aux nombreuses attaques – statut dans la fonction publique, protection sociale par exemple – il nous faut une organisation syndicale forte, visible et lisible. Dans le même temps, nos revendications et lignes politiques doivent intégrer l’évolution permanente du monde et, plus particulièrement, du monde du travail. Alors que la notion de collectif est en pleine mutation, les nouveaux canaux de communication, les aspirations et les modes de vie des jeunes, l’augmentation du nombre de cadres doivent alimenter notre réflexion pour un développement efficace et pérenne, adapté à notre temps.
Ce développement n’est pas une option, il ne l’a jamais été ! Les attaques contre les travailleurs, leurs droits, leurs légitimes aspirations n’ont jamais cessé. Nous devons, c’est une nécessité capitale, nous émanciper des « carcans institutionnels » si nous ne voulons pas laisser se diluer, voire disparaître le syndicalisme offensif et revendicatif, le nôtre, basé sur la défense des travailleurs, de tous les travailleurs, pour laisser la place à un dialogue social policé et sanctuarisé dans de stériles CSE.
Dans ce cadre, le renforcement de notre proximité, une animation exigeante de nos instances syndicales, la volonté de faire partager nos valeurs, une organisation interne adaptée, la formation de tous les militants, l’éducation ouvrière sont à même de renforcer notre représentativité. Notre visibilité doit être totale. Alors que 53 % des cadres, dont l’adhésion à Force Ouvrière est déterminante pour notre avenir, attendent que FO soit plus constructive et davantage une force de propositions, soyons partout, tout le temps, pour porter nos revendications et défendre notre conception du syndicalisme.

FO Com salue le travail du CFMS, de FO-Cadres et se félicite de la réactivation de FO Jeunes. Si notre capacité de résistance passe par le développement, si notre volonté est d’agir et non de subir, cela ne pourra se faire que collectivement et dans la fraternité. FO Com s’y inscrit pleinement.

À bas le « tout-à-l’ego », vive le collectif !

Grzegorz Karwin

Je vous apporte le salut fraternel de tous les postiers et plus particulièrement de ceux de l’Occitanie. Je vis dans un des départements le moins peuplé de France, la Lozère. L’hyper ruralité nous la vivons au quotidien, tout comme sa désertification des les services publics. Il ne s’agit pas seulement de désertifications de la ruralité par l’État mais de l’exode de la population rurale. Nous devons faire face à cette politique qui consiste à déposséder un bassin de vie pour en favoriser un autre. Il est de notre devoir de protéger la ruralité, de préserver ces lieux d’une mort assurée.
La disparition du Service public va de pair avec la suppression des emplois et la mobilité forcée, entraînant la désertification du milieu rural par ses habitants, chassés de leurs villages, de leurs secteurs de vie, puis de leur département qui n’offre pas l’attractivité d’emplois des métropoles.
Qu’en est-il aujourd’hui de La Poste, d’un mammouth au bord du précipice. La Poste c’est la perpétuelle transformation où les enjeux économiques priment sur les conditions de travail, la reconnaissance et la rémunération. Les dernières NAO sont un exemple du manque de gratitude et du non-respect des postiers. Médiocrité du salaire, absence du treizième mois pour un travail six jours sur sept, indépendamment des aléas météorologiques.
J’ai abordé le sujet de la rémunération avec Philippe Wahl, précédent président du Groupe La Poste. Il m’a répondu sans attendre : « Qu’il n’est pas question d’augmenter le salaire d’un postier car l’actuelle rémunération est au-dessus du seuil des grilles nationales…».
Le manque de reconnaissance et l’insuffisance des rémunérations touchent tous les secteurs d’activités. Boucler ses fins de mois devient une préoccupation quotidienne des salariés.
J’ai lu un jour un post du camarade Eric Keller : « Je ne m’arrête pas tant que je n’ai pas trouvé de solution ». Je salue autant la phrase que l’engagement. Cependant, dans ce cas-là nous devons agir collectivement et nous sommes ici, entre autres, pour prendre des bonnes décisions et répondre aux attentes des salariés. Volontairement, je n’évoque pas divers conflits géopolitiques qui se reflètent dans ma réflexion où une fois de plus les salariés paient une lourde contribution, surtout en milieu rural en absence de transports en commun.
Ma culture syndicale ne commence pas en France. Le syndicat qui m’a montré la voie dans la lutte pour les droits des salariés, le combat pour les acquis collectifs c’était le syndicat libre, unique et indépendant, Solidarnosc, son leader charismatique Lech Walesa et le prix Nobel de la paix. Voilà le point commun que j’ai vu dans le syndicat FO.
Je me permets de prendre la parole au nom des travailleurs dont la France est un pays d’accueil. Nous sommes reconnaissants de pouvoir exercer hors de notre patrie et fiers de notre intégration. J’ai constaté cependant de nombreux écarts et inégalités dans le traitement de cette population. Le plus grand fléau reste le manque de considération, de possibilités d’évolution professionnelle, d’égalité des chances, de discrimination et cela dans tous les corps de métiers, des ouvriers agricoles aux médecins.
Un immigré se doit de faire toujours plus pour arriver au même niveau de reconnaissance. Je l’ai compris très rapidement en traversant le mur de Berlin, comme le fait que les inégalités ne se limitent pas aux frontières et que les problèmes des salariés sont universels.
On peut vivre sans la gloire, qui ne prouve rien, être inconnu dans l’histoire et s’en trouver bien… mais il n’est pas question pour nous les syndicalistes de laisser les salariés en détresse, en manque de reconnaissance car nous ne défendons pas seulement leurs conditions de travail mais leur dignité et cela n’a pas de prix.

Christine Simon

Mes chers camarades, je vous apporte le salut fraternel des militants FO Com du Groupe La Poste.
La Poste aujourd’hui, c’est plus de 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont 44 % à l’international. L’activité phare qui était le courrier ne représente plus que 15 % et c’est la banque assurance qui est devenue la locomotive du Groupe.
En 10 ans, les effectifs ont fondu. De 224 000 postiers maison mère environ en 2015, nous sommes passés aux alentours de 165 000 en 2025 dont 34 000 fonctionnaires. Soit une baisse d’environ 25 % des effectifs en 10 ans. Les effectifs des filiales, quant à eux, sont en augmentation de par la transformation de La Poste.
Les postiers font aujourd’hui de plus en plus les frais d’une politique sociale fondée sur des plans d’économies drastiques d’où la dégradation importante de leurs conditions de travail et une austérité salariale sans précédent. Il est vrai que La Poste doit relever de nombreux défis : la chute des volumes du courrier qui s’accélère d’année en année, l’activité colis, dans un environnement ultra-concurrentiel qui peine à compenser ces pertes ou encore les nouveaux services, sensés remplacer les activités historiques qui n’ont pas produit les effets escomptés. Face à cela, l’État refuse de compenser à l’euro près le coût des missions de service public ce qui revient à laisser, chaque année, un milliard d’euros à la charge de l’entreprise. Malgré moultes rencontres et audiences auprès des politiques, FO Com n’a jamais été entendue alors que c’est pourtant là que réside la solution. On ne peut pas demander à une Société Anonyme d’assurer des missions qui, par essence même, ne sont pas rentables. Si le service public n’est pas un coût, il a un prix.
De rapports en préconisations, de constats en discussions, le sujet piétine. L’augmentation des tarifs postaux a ses limites, la coopération avec France Services arrive bien trop tard. Une chose est sûre, l’État ne mettra pas la main au porte-monnaie sacrifiant ainsi un service public essentiel aux citoyens. Est-il prêt à aider La Poste à investir ? Rien n’est moins sûr. Or s’adapter c’est innover, inventer, investir… Aujourd’hui La Poste, acculée à faire des économies, est seule pour trouver des solutions pour assurer son avenir. Et en attendant ce sont bien les postiers qui subissent, et des impacts importants se constatent sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail. Pour le gouvernement, les réformes doivent remplacer la compensation… Soit, mais quelle réforme ? Quelle place veut-on donner au service public postal ?
En attendant, nous, syndicalistes, nous résistons ! Forte de nos résultats électoraux de 2024, plus de 3 points de progression, FO Com a su prendre sa place dans la nouvelle organisation sociale. Comme tout dialogue social basé sur les CSE, il est souvent difficile d’imposer la négociation et de garder l’action syndicale au cœur de notre activité. Cependant, malgré une mise en place lourde et complexe avec 32 CSE, une appréhension des nouveaux mandats, un nouveau maillage territorial et des moyens syndicaux divisés par cinq, les camarades s’organisent pour poursuivre l’essence même de notre syndicat. Je tiens d’ailleurs devant ce congrès à remercier tous les camarades FO Com Poste pour leur investissement. Avec notre nouvelle organisation, nous sommes prêts à continuer un syndicalisme offensif, réformiste et en capacité de bâtir des revendications en adéquation avec les attentes des travailleurs dans des domaines tels que l’IA, la transition écologique et les nouveaux modes de travail. Nous devons être le syndicat de tous : cadres, non-cadres, salariés, fonctionnaires, jeunes comme séniors, et faire de notre proximité notre force.

Nous devons avoir une ligne claire, lisible, visible, libre et indépendante. Frédéric Souillot