L’emploi à La Poste : l’urgence à saisir

Avec un effectif de 202 736 agents dont environ 35 % de fonctionnaires auquel il faut rajouter environ 40 000 postiers des filiales, La Poste fait partie des plus grandes entreprises de main d’œuvre en France. Bien que Société Anonyme (SA), elle doit assurer 4 missions de service public que sont : l’aménagement du territoire, le service universel c’est-à-dire la distribution du courrier 6 jours sur 7, la distribution de la presse et l’accessibilité bancaire. Ces missions de service public sont plus que jamais ancrées dans le quotidien des français. La crise sanitaire que nous venons de traverser l’a démontré de manière très nette.

Ubérisation du modèle salarial : la dégringolade vertigineuse

Après les fonctionnaires, La Poste a recruté des contractuels de droit public puis des salariés de droit privé. Cette tendance s’est accrue avec le passage de l’entreprise en SA en mars 2010. Aujourd’hui La Poste, en plus des CDI, fait appel de plus en plus souvent à de l’intérim et aux CDD. À FO, nous sommes convaincus que cette politique affaiblit le Groupe et que des emplois stables et pérennes sont à même de mieux relever les défis auxquels l’entreprise doit faire face. En 2019, La Poste a recruté 7 799 CDI alors même que les départs étaient au nombre de 12 646. Des recrutements supplémentaires en CDI sont donc indispensables pour assurer le développement de nouvelles activités et garder une qualité de service faisant de La Poste un distributeur pas comme les autres.
Si La Poste affiche 80,33 % de postiers formés pour 2019, il faut cependant pondérer ce chiffre; car la moindre formation « e-learning », aussi brève soit-elle, est considéré comme une formation à part entière. Pour FO Com, il faut privilégier et exploiter à bon escient les viviers d’apprentis, mettre en place de véritables plans de formation tout comme développer le tutorat et les stages d’immersion. Il est également indispensable d’aménager les positions de travail des seniors afin de les maintenir dans l’emploi. Même si des mesures ont été actées envers l’accompagnement des seniors au regard de la pénibilité, cela ne suffit pas !
En complément, des dispositifs de départ anticipés doivent être mis en place pour permettre aux postiers rencontrant des difficultés, santé, aptitude, etc. de partir dans de bonnes conditions, notamment pécuniaires. C’est en sens que le TPAS doit être revu dans le but de répondre aux besoins économiques des postiers qui désirent ou doivent s’arrêter de travailler. Ainsi, cela éviterait de recourir, comme bien trop souvent, aux licenciements pour inaptitudes. Enfin, les licenciements pour inaptitude ne touchent pas seulement les seniors. Tous les personnels sont concernés puisque c’est le résultat de charge de travail mal dimensionnée, du manque d’adaptation des outils et d’objectifs démesurés.

Produire plus avec toujours moins
Destruction d’emplois et productivité massive ne font pas bon ménage. Si nous prenons l’exemple de la Branche Courrier/Colis, l’argument de l’entreprise pour réduire les effectifs est systématique : c’est la baisse des flux courrier, c’est inévitable ! Mais elle oublie qu’en parallèle, le développement de nouveaux services, la déferlante exponentielle de colis fournissent de l’activité aux facteurs. Et si cela ne suffit encore pas, il faut noter également que La Poste tire son épingle du jeu par la croissance externe, notamment des acquisitions à l’étranger ; cette croissance représentait 730 millions d’euros en 2019. Malheureusement, tout en affichant de bons résultats avec un chiffre d’affaire à la hausse (5.2 %), La Poste demande à ses personnels de faire toujours plus avec moins. Ainsi, les tournées de distribution  à rallonge et la suppression des volants de remplacement mettent à mal l’organisation du travail au sein des services du courrier. Quant aux services des guichets, la fermeture d’établissement ou l’externalisation couplée aux objectifs inadaptés créent un mal être qui risque d’aller grandissant avec l’intégration de la CNP, intégration qui va imposer aux postiers des objectifs commerciaux de plus en plus ambitieux. Faire plus, toujours plus sans moyens supplémentaires, avec des salaires en berne… telle est la politique de La Poste… Pour FO Com, STOP !
Conséquence, La Poste est en constante restructuration. Si les contraintes économiques ne donnent parfois guère le choix, cela ne doit pas se faire au détriment des postiers, de leurs conditions de travail, de leur sécurité et de leur santé. Pour beaucoup, les réorganisations incessantes créent un terrain favorable à la perte de sens du travail. De plus, cette instabilité permanente qui demande une adaptabilité constante pèse aussi sur la qualité des services rendus aux usagers. Ajoutons à cela un recours accru aux CDD ainsi qu’à l’intérim, et on obtient une dégradation des conditions de travail, une qualité des missions de service public en berne. Enfin, pour FO, la ré-internalisation des activités et l’arrêt de la sous-traitance doivent être une priorité. En passant par des prestataires, La Poste perd indéniablement en ressources et en savoir-faire, impactant son image d’entreprise publique de qualité et garante des valeurs républicaines.

La Poste fait bien trop souvent référence à cette célèbre maxime : « ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal ». Normalement, à ceux qui appliquent cet adage, il n’arrivera que du bien. Mais pour FO Com, les conséquences peuvent être désastreuses d’un point de vue social et il n’est pas question de faire la sourde oreille. Notre ambition ? Faire en sorte que le personnel puisse avoir un travail décent avec un salaire à la hauteur de leurs compétences, de favoriser l’égalité des chances et d’avoir une politique d’emploi permettant d’améliorer la qualité de services rendus aux usagers, le tout dans une entreprise qui, si elle doit se transformer, ne doit pas perdre sa raison d’être et sa responsabilité sociale. Les postières et les postiers qui auront plus de satisfaction dans l’exercice de leurs métiers amélioreront, sans nul doute, leur performance individuelle mais aussi collective nécessaire à la pérennité économique de La Poste.

L’inclusion, un incontournable pour les défis de demain !

emploiLa Poste se transforme mais elle ne pourra réussir qu’en y intégrant tous les postiers. L’évolution professionnelle est un levier trop peu souvent exploité. Pourtant, elle permet allègrement le développement des compétences et des savoir-faire, indispensables dans les missions de service public qui lui sont confiées. Cette reconnaissance professionnelle, mais aussi financière, doit être effective à destination de ces personnels s’investissant jour après jour dans un contexte de travail de plus en plus exigeant. Favoriser l’égalité professionnelle et l’insertion des personnes en situation de handicap font aussi partie intégrante d’une politique d’emplois responsable. La Poste a su prendre des mesures à cet égard, avec 7 % de bénéficiaires de l’obligation d’emploi en 2019 ; mais nous ne pouvons nous contenter d’objectifs atteints. Il faut aller plus loin ! Des discriminations persistent au-delà des chiffres.