Culture : La fabrique des mondes sous tension

Entre annulations de spectacles, sorties de livres ou de films repoussées, fermetures d’établissements dédiés à toutes sortes d’art, le monde de la culture subit un séisme d’une ampleur sans précédent. Car même si des aides d’urgence ont été débloquées pour une partie de ces acteurs, beaucoup passent entre les mailles du filet.

Encore considérée comme superflue par certaines personnes, la culture est en réalité indispensable pour l’équilibre et la richesse de notre société. Des femmes et des hommes rendent le monde habitable en le transformant, par la technique et le travail, mais aussi par le langage, l’art et l’histoire. La culture et les industries créatives ont été reconnues comme des moteurs d’une croissance économique inclusive par l’Unesco. Dans toute société et à toutes les époques, elle a permis à chacun de se créer des souvenirs, de se construire et d’évoluer.

Il doit bien exister une solution pour conjuguer économie créative et indispensable santé publique. Encore faut-il que le sujet soit posé sur la table, comme bon nombre d’autres, pour anticiper et trouver des solutions plutôt qu’être attentiste. L’avenir de ce secteur en dépend car si l’ombre des faillites devient de plus en plus oppressante, il n’est pas possible de se résoudre à seulement espérer une hypothétique relance de l’activité.

Les militants FO de la Fédération des Arts, du Spectacle, de l’Audiovisuel, de la Presse (FASAP) se mobilisent afin de renseigner, d’écouter et de conforter les personnels de ce secteur. Chaque artiste est nécessaire et apporte beaucoup. C’est important et il ne faut surtout pas minimiser cela. On voit bien que le gouvernement a mis de côté la culture et c’est un tort considérable. Cependant, l’urgence est établie pour une majorité des acteurs de la culture dont la motivation est toujours présente, mais où les mois commencent à devenir longs…

Françoise Chazaud, Secrétaire Générale de la FASAP FO
Françoise Chazaud,
Secrétaire Générale
de la FASAP FO

Interview

Ce terme de produit « non-essentiel » est très désagréable à entendre car la culture est d’abord essentielle pour le rayonnement de la France mais aussi pour l’économie. Nous avons ressenti de l’injustice car il n’y a pas eu de dialogue social, de concertations entre ministères et syndicats d’employeurs et de salariés. En plus, on reçoit l’information uniquement par la presse des fermetures et mesures liées aux couvre-feux et confinements.

Dans le monde du spectacle vivant, secteur durement touché, nous avons environ 280 000 salariés intermittents dont 60 % d’artistes et 40 % de techniciens. Ce sont obligatoirement des CDDU, c’est-à-dire des contrats qui ne peuvent pas être en CDI, car 87 % des spectacles ont une durée de vie. C’est de la précarité ajoutée à de la précarité…

La culture, ce n’est pas forcément lire Shakespeare ou un texte en latin. C’est aussi se distraire, s’enrichir. Ce gouvernement n’a pas pris la mesure que la culture donnait de la joie aussi bien dans la lecture d’un livre que d’aller au théâtre ou au cinéma. Et je tiens à souligner que cette joie dont nous avons tant besoin aujourd’hui, elle est souvent partagée. C’est primordial dans le contexte actuel, avec les évènements que nous traversons.

Notre Fédération a agit avec les différents syndicats, en écrivant et sollicitant les acteurs concernés, en manifestant dans différents lieux. Mais si la presse n’en parle pas… Pour rappel, la crise sanitaire n’est pas finie. Alors, combien de temps encore ? J’ai entendu dire qu’Air France prévoyait une relance en 2025. Mais nous, on aura disparu. Déjà, les toutes petites structures sont en train de mourir.

La culture, ce sont des volumes de créations colossales. Combien de fois avons-nous été en contact avec quelque chose de culturel ? Combien de films à la télévision ? Vous lisez un livre, ça vous change. Pour les pièces de théâtre, c’est une réflexion que vous avez sur vous-même, c’est un débat. La culture, c’est l’ouverture aux autres et à soi-même. C’est aussi nécessaire que de manger. La nourriture pour le corps, la culture pour l’esprit.

Voir l’interview de Françoise Chazaud, Secrétaire Générale de la FASAP FO